14.11.2009

Sapience

"Mais laissons l'ignorance aux adorateurs du Dieu unique,
elle leur va si bien."
(Merlin, Soleil éditions, 2009)

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C'était le 14 novembre...

1832.
Rasmus_Rask.jpgMort à Copenhague du philologue et grammairien danois Rasmus Christian Rask, auteur de travaux importants sur le vieil-islandais et les langues scandinaves. On lui doit aussi la première édition complète des deux Eddas.

10.11.2009

Soleil et Chair (Arthur Rimbaud)

I

Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie,
Verse l'amour brûlant à la terre ravie,
Et, quand on est couché sur la vallée, on sent
Que la terre est nubile et déborde de sang ;
Que son immense sein, soulevé par une âme,
Est d'amour comme Dieu, de chair comme la femme,
Et qu'il renferme, gros de sève et de rayons,
Le grand fourmillement de tous les embryons !

Et tout croît, et tout monte !

- O Vénus, ô Déesse !
Je regrette les temps de l'antique jeunesse,
Des satyres lascifs, des faunes animaux,
Dieux qui mordaient d'amour l'écorce des rameaux
Et dans les nénuphars baisaient la Nymphe blonde !
Je regrette les temps où la sève du monde,
L'eau du fleuve, le sang rose des arbres verts
Dans les veines de Pan mettaient un univers !
Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre ;
Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre
Modulait sous le ciel le grand hymne d'amour ;
Où, debout sur la plaine, il entendait autour
Répondre à son appel la Nature vivante ;
Où les arbres muets, berçant l'oiseau qui chante,
La terre berçant l'homme, et tout l'Océan bleu
Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu !

Je regrette les temps de la grande Cybèle
Qu'on disait parcourir, gigantesquement belle,
Sur un grand char d'airain, les splendides cités ;
Son double sein versait dans les immensités
Le pur ruissellement de la vie infinie.
L'Homme suçait, heureux, sa mamelle bénie,
Comme un petit enfant, jouant sur ses genoux.
- Parce qu'il était fort, l'Homme était chaste et doux.

Misère ! Maintenant il dit : Je sais les choses,
Et va, les yeux fermés et les oreille closes.
- Et pourtant, plus de dieux ! plus de dieux ! l'Homme est Roi,
L'Homme est Dieu ! Mais l'Amour, voilà la grande Foi !
Oh ! si l'homme puisait encore à ta mamelle,
Grande mère des dieux et des hommes, Cybèle ;
S'il n'avait pas laissé l'immortelle Astarté
Qui jadis, émergeant dans l'immense clarté
Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume,
Montra son nombril rose où vint neiger l'écume,
Et fit chanter, Déesse aux grands yeux noirs vainqueurs,
Le rossignol aux bois et l'amour dans les coeurs !

II

Je crois en toi ! Je crois en toi ! Divine mère,
Aphrodite marine ! - Oh ! la route est amère
Depuis que l'autre Dieu nous attelle à sa croix ;
Chair, Marbre, Fleur, Vénus, c'est en toi que je crois !
- Oui, l'Homme est triste et laid, triste sous le ciel vaste.
Il a des vêtements, parce qu'il n'est plus chaste,
Parce qu'il a sali son fier buste de dieu,
Et qu'il a rabougri, comme une idole au feu,
Son corps Olympien aux servitudes sales !
Oui, même après la mort, dans les squelettes pâles
Il veut vivre, insultant la première beauté !
- Et l'Idole où tu mis tant de virginité,
Où tu divinisas notre argile, la Femme,
Afin que l'Homme pût éclairer sa pauvre âme
Et monter lentement, dans un immense amour,
De la prison terrestre à la beauté du jour,
La Femme ne sait plus même être Courtisane !
- C'est une bonne farce ! et le monde ricane
Au nom doux et sacré de la grande Vénus !

III

Si les temps revenaient, les temps qui sont venus !
- Car l'Homme a fini ! l'Homme a joué tous les rôles !
Au grand jour, fatigué de briser des idoles
Il ressuscitera, libre de tous ses Dieux,
Et, comme il est du ciel, il scrutera les cieux !
L'idéal, la pensée invincible, éternelle,
Tout ; le dieu qui vit, sous son argile charnelle,
Montera, montera, brûlera sous son front !
Et quand tu le verras sonder tout l'horizon,
Contempteur des vieux jougs, libre de toute crainte,
Tu viendras lui donner la Rédemption sainte !
- Splendide, radieuse, au sein des grandes mers
Tu surgiras, jetant sur le vaste Univers
L'Amour infini dans un infini sourire !
Le Monde vibrera comme une immense lyre
Dans le frémissement d'un immense baiser !

- Le Monde a soif d'amour : tu viendras l'apaiser.

______

O ! L'Homme a relevé sa tête libre et fière !
Et le rayon soudain de la beauté première
Fait palpiter le dieu dans l'autel de la chair !
Heureux du bien présent, pâle du mal souffert,
L'Homme veut tout sonder, - et savoir ! La Pensée,
La cavale longtemps, si longtemps oppressée
S'élance de son front ! Elle saura Pourquoi !...
Qu'elle bondisse libre, et l'Homme aura la Foi !
- Pourquoi l'azur muet et l'espace insondable ?
Pourquoi les astres d'or fourmillant comme un sable ?
Si l'on montait toujours, que verrait-on là-haut ?
Un Pasteur mène-t-il cet immense troupeau
De mondes cheminant dans l'horreur de l'espace ?
Et tous ces mondes-là, que l'éther vaste embrasse,
Vibrent-ils aux accents d'une éternelle voix ?
- Et l'Homme, peut-il voir ? peut-il dire : Je crois ?
La voix de la pensée est-elle plus qu'un rêve ?
Si l'homme naît si tôt, si la vie est si brève,
D'où vient-il ? Sombre-t-il dans l'Océan profond
Des Germes, des Foetus, des Embryons, au fond
De l'immense Creuset d'où la Mère-Nature
Le ressuscitera, vivante créature,
Pour aimer dans la rose, et croître dans les blés ?...

Nous ne pouvons savoir ! - Nous sommes accablés
D'un manteau d'ignorance et d'étroites chimères !
Singes d'hommes tombés de la vulve des mères,
Notre pâle raison nous cache l'infini !
Nous voulons regarder : - le Doute nous punit !
Le doute, morne oiseau, nous frappe de son aile...
- Et l'horizon s'enfuit d'une fuite éternelle !...

______

Le grand ciel est ouvert ! les mystères sont morts
Devant l'Homme, debout, qui croise ses bras forts
Dans l'immense splendeur de la riche nature !
Il chante... et le bois chante, et le fleuve murmure
Un chant plein de bonheur qui monte vers le jour !...
- C'est la Rédemption ! c'est l'amour ! c'est l'amour !...

IV

O splendeur de la chair ! ô splendeur idéale !
O renouveau d'amour, aurore triomphale
Où, courbant à leurs pieds les Dieux et les Héros,
Kallipyge la blanche et le petit Éros
Effleureront, couverts de la neige des roses,
Les femmes et les fleurs sous leurs beaux pieds écloses !
- O grande Ariadné, qui jette tes sanglots
Sur la rive, en voyant fuir là-bas sur les flots,
Blanche sous le soleil, la voile de Thésée,
O douce vierge enfant qu'une nuit a brisée,
Tais-toi ! Sur son char d'or brodé de noirs raisins,
Lysios, promené dans les champs Phrygiens
Par les tigres lascifs et les panthères rousses,
Le long des fleuves bleus rougit les sombres mousses.
- Zeus, Taureau, sur son cou berce comme une enfant
Le corps nu d'Europé, qui jette son bras blanc
Au cou nerveux du Dieu frissonnant dans la vague.
Il tourne lentement vers elle son oeil vague ;
Elle, laisse traîner sa pâle joue en fleur
Au front de Zeus ; ses yeux sont fermés ; elle meurt
Dans un divin baiser, et le flot qui murmure
De son écume d'or fleurit sa chevelure.
- Entre le laurier-rose et le lotus jaseur
Glisse amoureusement le grand Cygne rêveur
Embrassant la Léda des blancheurs de son aile ;
- Et tandis que Cypris passe, étrangement belle,
Et, cambrant les rondeurs splendides de ses reins,
Étale fièrement l'or de ses larges seins
Et son ventre neigeux brodé de mousse noire,
- Héraclès, le Dompteur, qui, comme d'une gloire
Fort, ceint son vaste corps de la peau du lion,
S'avance, front terrible et doux, à l'horizon !

Par la lune d'été vaguement éclairée,
Debout, nue, et rêvant dans sa pâleur dorée
Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus,
Dans la clairière sombre, où la mousse s'étoile,
La Dryade regarde au ciel silencieux...
- La blanche Séléné laisse flotter son voile,
Craintive, sur les pieds du bel Endymion,
Et lui jette un baiser dans un pâle rayon...
- La Source pleure au loin dans une longue extase...
C'est la nymphe qui rêve, un coude sur son vase,
Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé.
- Une brise d'amour dans la nuit a passé,
Et, dans les bois sacrés, dans l'horreur des grands arbres,
Majestueusement debout, les sombres Marbres,
Les Dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid,
- Les Dieux écoutent l'homme et le Monde infini !

19.10.2009

C'était le 19 octobre...

Antiquité.
Glaive romain.jpgA Rome, fête de l'armilustrium. Ce rite de purification (lustratio), consistant à faire briller (lustrer) les armes, est effectué en l'honneur du dieu Mars. 

11.10.2009

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Joncs sur le lac Saint-Point.jpg

Vous, les croyants en Maries et en Christs,
Qui de ma source allez troublant les eaux si claires
      A la seule fin de me dire
      Qu'il est des eaux bien plus joyeuses

Qui baignent  des prairies dont les temps sont meilleurs -
De ces autres régions pourquoi donc me parler
      Si les eaux et les prairies que voici
      Sont d'ici-bas et font mon bon plaisir ?

Cette réalité, voilà le don des dieux,
Don extérieur à nous pour être un bien réel.
      En quoi mes songes seraient-ils
      Plus que l'oeuvre des dieux ?

Laissez-moi la Réalité de chaque instant
Et laissez-moi mes dieux immédiats et tranquilles
      Qui ne demeurent pas dans l'Incertain
      Mais dans les champs, mais dans les fleuves.

Laissez ma vie passer païennement
Accompagnée par les flûtes légères
      A travers qui les joncs des rives
      A Pan murmurent allégeance.

Vivez avec vos songes et laissez-moi
L'autel naturel où vient s'accomplir mon culte
      Et la présence bien visible
      Des dieux proches qui sont les miens.

Prétendants inutiles à meilleur que la vie,
Laissez la vie à ceux dont la croyance est antérieure
      Au Christ avec sa croix
      Et Marie éplorée.

Que Cérès, maîtresse des champs, me console
Ainsi qu'Apollon, Vénus, Uranus l'antique
      Et les tonnerres, qui ont le mérite
      De procéder de la main de Jupiter.

Ricardo Reis, Odes retrouvées 1914-1934 
(in F. Pessoa, Poèmes païens, éd. Christian Bourgois, coll. Points)

10.10.2009

Olympiacée

Ancolie violette des Pyrénées.jpg

Au-dessus de la vérité se tiennent les dieux.
Notre science n'est qu'une grossière copie
     De cette certitude qui leur fait
     Savoir que l'Univers existe.

Tout est dans tout, mais plus haut se tiennent les dieux.
Il n'échoit pas à la science de les connaître.
     Pourtant nous devons adorer leurs ombres
     Comme nous adorons les fleurs,

Puisque, visibles pour nos regards les plus hauts,
Ils sont aussi réels que les fleurs sont réelles,
     Et que dans le calme de leur Olympe
     Ils sont une autre Humanité.

Ricardo Reis, Odes retrouvées 1914-1934 
(in F. Pessoa, Poèmes païens, éd. Christian Bourgois, coll. Points)

07.10.2009

Sous le portique

Parthénon.jpg

 

 

 

 

 

 

Dorée légèrement est la pâleur du jour.
Et le soleil d'hiver comme rosée fait luire les courbes
      Des troncs et rameaux desséchés.
      Le froid tremble léger.

De la très antique patrie de ma croyance
Déporté, à la seule pensée des dieux je me console,
      Et tremblant je m'échauffe
      A un autre soleil que celui-ci.

Soleil du Parthénon, soleil de l'Acropole,
Et qui illuminait les pas graves et lents
      D'Aristote parlant.
      D'Epicure pourtant

Me parle mieux la voix terrestre caressante :
Envers les dieux il prend l'attitude d'un dieu,
      Et voit la vie, serein,
      A la distance où elle se tient.

Ricardo Reis, Odes retrouvées 1914-1934 
(in F. Pessoa, Poèmes païens, éd. Christian Bourgois, coll. Points)

06.10.2009

Sous la treille

Sous la treille.jpg

Bouches empourprées de vin,
Blancheur des fronts sous les roses,
Nudité des blancs avant-bras
A l'abandon sur la table ;

Tel soit, Lydia, le tableau
Où nous pourrions rester, muets,
Eternellement gravés
Dans la conscience des dieux.

Plutôt cela que la vie
Comme la vivent les hommes,
Pleine de la noire poussière
Qu'ils soulèvent par les chemins.

Les dieux viennent secourir
De leur exemple ceux-là seuls
Qui n'ont pas d'autre prétention
Que d'aller emportés dans le fleuve des choses.

Ricardo Reis, Odes retrouvées 1914-1934 
(in F. Pessoa, Poèmes païens, éd. Christian Bourgois, coll. Points)

04.10.2009

Pan

Le dieu Pan n'est pas mort,
Chaque champ qui expose
Aux sourires d'Apollon
Les seins nus de Cérès -
Tôt ou tard vous verrez
En ces lieux se dresser
Le dieu Pan, l'immortel.

Non, il n'a pas tué de dieux,
Le triste dieu, le dieu chrétien.
Christ est un dieu en plus,
Un qui manquait, peut-être.
Pan continue à instiller
Les sons de sa syrinx
Dans le creux des oreilles
De Cérès par les champs cambrée.

Oui, les dieux sont les mêmes,
Calmes et clairs, toujours,
Gorgés d'éternité,
De mépris envers nous,
Et apportant le jour,
La nuit, les récoltes dorées,
Non point pour nous donner
Le jour et la nuit et les blés,
Mais selon un tout autre
Dessein divin fortuit.

Ricardo Reis, Odes retrouvées 1914-1934 
(in F. Pessoa, Poèmes païens, éd. Christian Bourgois, coll. Points)

30.09.2009

C'était le 30 septembre...

Antiquité.

Meditrina guérisseuse (bas-relief du IIème s. - Epinal).jpg

A Rome, fête conjointe de Meditrina, déesse de la vigne et des guérisons, et de Minerve, déesse de la sagesse, des sciences, des arts et des techniques de guerre.

Minerve et le Centaure - Botticelli.jpg

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