17.11.2008

Anaximandre n° 9

Une nouvelle livraison d'Anaximandre (n° 9 en rubrique ci-contre "à télécharger") est arrivée !  Avec ce mot de son rédacteur, en guise d'introduction :

"Chers Amis,
Novembre marque la saison des prix littéraires ; c’est pourquoi Anaximandre s’interrogera ce mois-ci sur le statut de l’écriture, de l’érudition et de la pensée dans le monde moderne, avant de conclure sur une digression à propos de Wagner et de la psychanalyse.
La modernité a voulu vivre dans l’idée que la créativité tenait exclusivement à l’innovation. Dans le monde ancien, au contraire, on estimait que le créateur se distinguait d’abord par la singularité de l’interprétation qu’il donnait de la matière traditionnelle dans laquelle chacun puisait ; on attendait des penseurs qu’ils soient des disciples doués et autonomes, mais non des philosophes révolutionnaires : les sages, en fait, ne désiraient jamais que réagencer d’une façon personnelle les idées de leurs maîtres, sans prétendre à proprement parler en inventer de nouvelles. L’apologie du novum a été une des pierres angulaires de l’idéologie du progrès ; en tant que telle, elle a permis d’affranchir l’Europe d’une scolastique médiévale trop souvent dogmatique et figée, mais a sans doute aussi conduit à bien des errements. Dans un premier temps, elle a poussé les auteurs soucieux de se distinguer à placer l’originalité avant tout, au risque parfois d’accorder plus de prix à la virtuosité des concepts qu’au bon sens ou à la probité. Le culte du nouveau, cependant, a surtout tendu dans un second temps à épuiser la vraie créativité, en contraignant les auteurs à une hyper spécialisation sclérosante, qui permet seule maintenant de dénicher des poches résiduelles de nouveauté dans un monde où toutes les grandes idées générales ont déjà été formulées à de multiples reprises, par une multitude de penseurs, sous une multitude de formes.
Etablir une synthèse n’est pourtant pas un acte neutre : c’est bel et bien un acte de création. On peut choisir de se référer à tels ou tels ensembles d’idées, anciennes ou modernes, et, une fois ces ensembles sélectionnés, on peut encore les lier entre eux de bien des façons : dans chaque cas, en fonction de chaque orientation, on produit une vision différente. Les auteurs qui réussissent à faire valoir les mérites de leur propre vision ont tout simplement du génie, qu’ils soient originaux ou non, dans chacune de leurs idées prises isolément. L’érudition ne constitue certes pas le seul moyen de parvenir à une véritable vision du monde (Weltanschauung) ; mais le recours explicite aux œuvres des autres – c’est-à-dire à l’érudition érigée comme démarche – revêt un mérite immense : celui de créer des ponts entre les disciplines, et de nous rappeler que les micro-recherches effectuées dans chaque domaine spécialisé, au plan universitaire, n’ont d’intérêt que si nous ne renonçons pas à les interpréter d’une façon interdisciplinaire pour faire en sorte qu’elles nous aident concrètement à vivre. C’est précisément à un authentique travail de synthèse que doivent désormais se livrer les faiseurs de monde. Sans synthèse des connaissances, il ne sera plus possible de rafraîchir et de perpétuer dans la société une vision des choses globale et cohérente – ou plutôt des visions –, et donc de donner du sens à la vie. Les penseurs ne pourront encore susciter l’enthousiasme que s’ils proposent réellement un regard d’ensemble, dans un univers représentationnel et symbolique par ailleurs fragmenté, sans ordre et sans unité. Il ne s’agit pas d’être original dans chacune des idées qu’on promeut, mais d’être singulier dans la synthèse qu’on établit à partir du foisonnement des idées dont on hérite.
En ces temps où nombre d’intellectuels désertent leurs responsabilités, où ils s’abritent derrière la « neutralité » consensuelle et confortable de recherches froides, insipides et mécaniques, menées sans autre préoccupation que de leur assurer une carrière, il est réjouissant de voir des auteurs travailler encore à la constitution d’un véritable corpus de pensée, comme s’il en allait pour eux d’une aspiration vitale, d’une exigence intime de tout leur être – chacun placera ici les écrivains et les philosophes qui lui sont le plus cher. En plus du talent, la vertu de ces hommes et de ces femmes, que nous lisons et que nous aimons, est donc d’avoir du courage et du cœur : le courage de penser vraiment, en rattachant la pensée à une fin – c’est-à-dire toujours, en un sens, à la vie bonne –, et le cœur de se projeter activement dans l’existence, de s’engager, non pas à la manière étroite et bornée des militants, mais comme des gens de bien qui ont le souci des choses – ce souci dont Heidegger faisait à juste titre la marque du Dasein et de l’humanité authentique…
Enfin, pour terminer sur un sujet à peine différent, j’aimerais profiter de l’occasion pour exprimer publiquement toute ma sympathie aux animateurs de la revue Tiqqun et du « Comité invisible ». Quoi qu’ils aient fait, et quelle qu’ait pu être la légitimité ou la pertinence de leurs actions, je tiens à rendre hommage à leur courage, leur intégrité et la rigueur qu’ils manifestent dans la mise en pratique de leurs idées. Le jour où tous les « délinquants » et les « terroristes » de la terre s’exprimeront dans une langue aussi sophistiquée que la leur, et développeront une pensée aussi subtile et élaborée, je suis persuadé que la civilisation humaine aura accompli un grand bond en avant…
Je vous souhaite à tous une très bonne lecture !"
Thibault ISABEL

03.11.2008

C'était le 3 novembre...

1941.
Mort à Rome du philosophe italien Adriano Tilgher. Né en 1887 à Resina, près de Naples, il fut lié dans sa jeunesse avec Benedetto Croce. Il sympathisa d'abord avec l' "actualisme" de Giovanni Gentile, mais rompit violemment avec lui en 1925 pour développer une pensée de type relativiste et sceptique.

27.10.2008

Pensée unique, Vérité révélée

250px-WikipediaBaudrillard20040612.jpg

"Dès que le Bien règne et prétend incarner la Vérité, c'est le Mal qui passe à travers [...] Le Mal ventriloque se fraye un chemin de toutes parts, instaurant l'hégémonie de la bêtise - qui est l'équivalent de l'hégémonie tout court."

Jean Baudrillard, in Le Mal ventriloque.

18.10.2008

C'était le 18 octobre...

1859.
200px-Henri_Bergson.jpgNaissance à Paris du philosophe Henri Bergson, prix Nobel de littérature en 1927.

15.10.2008

Anaximandre (communiqué)

A l'occasion de la livraison du n° 8 de la revue Anaximandre (gratuite et disponible en rubrique "à télécharger" ci-contre), son fondateur et rédacteur a émis le communiqué suivant, qui nous annonce une très réjouissante nouvelle :

 

"Chers amis,

 

Pour son numéro de rentrée, Anaximandre a choisi de vous proposer un numéro à l’image du ciel d’automne : sombre !

Il ne sera pas question de crise économique, dans le dossier du mois, mais plutôt de « crise du sens ». Ce thème a en effet beaucoup marqué les auteurs du XXème siècle, et il y a fort à parier qu’il continuera de les inspirer au cours des prochaines décennies. De Bell à Badiou, en passant par Baudrillard, Jameson et Lyotard, le problème de l’effondrement des idéaux a été au cœur du monde intellectuel, depuis au moins cinquante ans. L’effondrement du bloc soviétique n’a lui-même fait que raviver l’actualité de ces questions…

Cette crise du sens se double à vrai dire d’une crise des principes fondateurs de la modernité, au point que certains analystes interprètent notre époque comme une ère post-moderne, en rupture avec le modèle hérité de la Renaissance et maintenu jusqu’au XIXème siècle. Les bouleversements culturels qui nous ont frappés sont tels qu’ils touchent tous les aspects de la société : la politique, l’art, la mode, la vie quotidienne, etc. Dans tous ces domaines, le rapport au monde des individus a changé : nous tâcherons d’en donner une vue synthétique, en abordant le problème sous un angle anthropologique.

Grâce à vous, Anaximandre entame avec ce numéro sa deuxième année d’existence. Merci à tous d’avoir contribué à faire connaître la revue autour de vous, et d’avoir ainsi étendu la communauté de ses abonnés !

Cette année, toutefois, Anaximandre abandonnera son rythme mensuel de parution, pour devenir bimestrielle. La raison en est toutefois positive : j’ai le plaisir de vous annoncer le lancement parallèle, dans le courant du trimestre, d’une nouvelle revue gratuite et en ligne, qui rassemblera de nombreuses plumes, et vous proposera tous les deux mois une multitude d’essais inédits, rassemblés sous forme de dossiers. Cette publication adoptera un ton universitaire non-conformiste, et se donnera pour objectif d’analyser les grandes problématiques sociales, philosophiques et culturelles de la modernité. Cette revue sera associée à un nouveau site intellectuel très ambitieux, où vous trouverez des banques de textes de réflexion, des blogs thématiques (écologie, philosophie, etc.), ainsi qu’un forum. Mais j’aurai d’ici peu de temps l’occasion de tous vous recontacter à ce sujet…

Je vous souhaite en attendant une très bonne lecture !" 

Thibault ISABEL

12.10.2008

C'était le 12 octobre...

1936.
Dans un salon de l'Université de Salamanque, une violente altercation oppose le philosophe Miguel de Unamuno au général Millan Astray, fondateur de la Légion étrangère espagnole. Répondant à un propos acerbe d'Unamuno par le cri célèbre : "A bas l'intelligence ! Vive la mort !", Astray provoque l'indignation de l'épouse du général Franco. Elle quitte ostensiblement la salle, accompagnée d'Unamuno.

06.10.2008

C'était le 7 octobre...

1988.
Mort à Paris du philosophe et épistémologue français d'origine roumaine Stéphane Lupasco.

28.09.2008

C'était le 28 septembre...

-550.
Mort de Confucius (date traditionnelle)

1873.
A bord du ballon Saturne, le romancier Jules Verne s'élève durant vingt-quatre minutes au-dessus d'Amiens. Ce sera la seule ascension de son existence.

21.09.2008

Anti-quoi ?

Retour sur ma note du 13/09/08. Comme je l'ai précisé, Le Corbeau est un écrit de jeunesse, marqué par un anticléricalisme viscéral qui me fait sourire aujourd'hui. Résolument païen, je ne renie rien mais Heidegger est passé par là, lui qui a écrit : "tout ce qui se comprend comme anti reste inextricablement prisonnier de ce contre quoi il entreprend le combat". 

15.09.2008

C'était le 16 septembre...

1622.
Au cours de la Guerre de Trente Ans, Tilly, commandant l'armée de la Ligue catholique, s'empare de Heidelberg. La ville est aussitôt incendiée ; son château est mis à sac et détruit, tandis que la bibliothèque est pillée au profit de celle du Vatican.

1980.
Mort à Genève du philosophe et psychologue suisse Jean Piaget, auteur d'importants travaux sur l'épistémologie génétique et la psychologie de l'enfant.

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