01.01.2010

Les voeux du Photon

Jérôme Bosch - La nef des fous.jpgL'an deux mil neuf s'efface
Emportant rires et pleurs
Et cède à son vainqueur
Bien volontiers sa place,

Lui laisse le fardeau
De nous faire croire toujours :
Après la nuit, le jour,
La terre au bout de l'eau...

A bord d'un frêle esquif,
De havres en récifs,

Par tempête ou beau fixe,

Embarquons ! Embarquons !
Que roulent sur le pont
Les flots de deux mil dix !

15.12.2009

LRU : La Rage Ubuesque ?

Bardamu.jpg

Tombé une fois dans la case "absurdité", j'aurais pu y rester (une fois suffit). J'ai puisé dans le Voyage au bout de la nuit la force de ne pas sombrer. Merci Céline, et merci Tardi.

http://guybrush.wordpress.com/2008/03/09/voyage-au-bout-d...

Mais depuis, une forme de rage - énergie du désespoir ? - ne m'a plus quitté. Son goût amer me revient parfois, lorsque fermer les yeux ne me suffit plus pour voyager.

Il a beau dire, Loulou, y'a des sons, des images qui vous collent !... des odeurs qui vous remplissent le blaire jusqu'à la cervelle et qu'en décarrent plus !... des trucs qui vous hantent encore et encore, et vas-y que j'te tourbillonne !...

Je n'ai nulle envie de faire de mon blog un journal, mais ci-dessous 
une tranche de vie me revient vlan en pleine figure !

http://itsjustanillusion.blogspot.com/2009/12/les-mefaits...

14.12.2009

Le réel et le magique (2)

http://lephoton.hautetfort.com/archive/2009/12/14/le-reel...

De quelle magie parler ? Il ne s'agit pas, à mes yeux, de magie opérative (entendre par là : magie blanche, bénéfique ; magie noire, sorcellerie ; magie rouge, sexuelle) mais d'une magie sensitive, davantage proche de la magie définie par Marcel Mauss (en tant que phénomène religieux) que de celle décrite par James George Frazer (en tant que pré-science). Dans cette acception,  la phrase de Jünger énonce un phénomène par lequel, à l'instar du gardeur de troupeau de Caeiro, dans la conjonction de certains éléments avec un certain moment, l'être s'ouvre, devient réceptif à l'émergence du magique, que l'on pourrait aussi appeler surnaturel mais que je préfère désigner par le vocable de surréel. Cette réceptivité au surréel peut être fortuite ou bien choisie (je reviendrai sur ce point plus loin). Ainsi que le mentionnent Louis Pauwels et Jacques Bergier dans Le Matin des Magiciens (éd. Livre de poche, pp. 598-599), c'est un état que ceux qui l'éprouvent (tels les brahmanes utilisant la méditation samâdhi) décrivent comme une dilatation (ou a contrario une extrême contraction) : "Je sens mon corps entier étendu dans la réalité" nous dit le gardeur de troupeaux. Il peut aussi s'agir de visions (telle celle du lac Léman par le philosophe Raymond Abellio relatée in Le matin des Magiciens, pp. 581-584), d'imbrications inattendues d'éléments initialement épars ou de surgissements, au nombre desquels on peut ranger les "coïncidences significatives" et les "liaisons non causales" de Carl Gustav Jung (idem, p. 303 et 315), dans lesquelles j'ai tendance à reconnaître les Correspondances de Charles Baudelaire :

"Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent."

Qu'on le nomme chez Jünger "réalisme magique" ou chez Pauwels et Bergier "réalisme fantastique", ce surgissement du surréel dans un cadre vraisemblable (ou une réalité par tout un chacun reconnaissable) est à l'œuvre dans maintes créations : littéraires chez Marcel Aymé (La Vouivre), Dino Buzzati (Le Désert des Tartares), Louis-Ferdinand Céline (Féerie pour une autre fois) ; picturales chez Pierre-Yves Trémois, Maurits Cornelis Escher, et bien sûr Georges Mathieu qui se  réclamait ouvertement du réalisme fantastique ; cinématographiques chez Ridley Scott (la licorne dans Blade Runner).

J'illustrerai mon propos par un exemple concret. Evoquant les "liaisons non causales" de Jung en page 315 du Matin des Magiciens, Pauwels et Bergier relatent l'histoire suivante, dite "du scarabée d'or" :

"Une malade est étendue sur le divan du psychanalyste Jung. Des désordres nerveux très graves l'accablent, mais l'analyse ne progresse pas. La patiente, murée dans un esprit réaliste à l'extrême, cramponnée à une sorte d'ultra-logique, se fait impénétrable aux arguments du médecin.
Encore une fois, Jung ordonne, propose, supplie :
« Laissez-vous aller, ne cherchez pas à comprendre, et racontez-moi simplement vos rêves.
- J'ai rêvé d'un scarabée », répond enfin la dame, du bout des dents.

A cet instant, des petits coups sont frappés contre la vitre. Jung ouvre la fenêtre et un beau scarabée doré entre dans la pièce en faisant ronfler ses élytres. Bouleversée, la patiente s'abandonne enfin et l'analyse peut vraiment commencer ; elle se poursuivra jusqu'à la guérison.

Jung cite souvent cet incident véridique qui a la forme d'un conte arabe. Dans l'histoire d'un homme, comme dans l'histoire tout court, pensons-nous, il y a beaucoup de scarabées d'or. "

Il se trouve qu'en commençant la rédaction du présent billet, je choisis de m'accompagner des sonates pour piano de Beethoven par Vladimir Ashkenazy, dans une compilation du catalogue Decca. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que la pochette du disque est décorée de... deux scarabées !  On pourra crier au mensonge, à l'affabulation. On ne manquera pas de m'objecter qu'il ne s'agit que d'une coïncidence, voire d'un tour que m'aura joué mon inconscient. Mais dans ce dernier cas, cela me semblerait suffisamment extra-ordinaire pour présenter un intérêt, afin de comprendre le psychisme humain. Non sans rappeler que c'est en grande partie sur l'entomologie que Jünger fonda son "réalisme magique"...

Scarabées.jpg

Ma sensibilité me porte à y voir une "coïncidence significative" jungienne. Il sera inutile de chercher à me démontrer le contraire car j'ai choisi d'y croire. En accord avec Philip K. Dick (auteur du roman dont fut tiré le film Blade Runner évoqué plus haut) qui écrit : "la réalité n'est qu'un point de vue", cela me paraît être une affaire de croyance - et la croyance une affaire de choix. La magie selon Mauss plutôt que Frazer, disais-je supra. Affaire d'attitude, de caractère aussi, puisqu'il s'agit d'une position résolument anti-conformiste : "Le fantastique est une manifestation des lois naturelles, un effet du contact avec la réalité quand celle-ci est perçue directement et non pas filtrée par le voile du sommeil intellectuel, par les habitudes, les préjugés, les conformismes" (Louis Pauwels, Le Matin des Magiciens, p. 22). 
Ce choix est celui d'un éveil, toutefois sans entretenir l'illusion d'accéder de manière certaine à la réalité, comme l'enseigne la sagesse de Zhuangzi : "Une profonde incertitude me rend perplexe. Je ne sais si je suis Zhuangzi qui rêva cette nuit d'être un papillon, ou si je suis un papillon rêvant d'être Zhuangzi".

(à suivre...)

Le réel et le magique (1)

En 1934, l'écrivain Ernst Jünger (1895-1998) exposa dans Feuilles et Pierres l'idée d'un réalisme magique fondé sur l'observation exacte de la nature que lui procurait, entre autres centres d'intérêt, sa passion pour l'entomologie. Devait en naître une esthétique aristocratique, que certains n'hésitèrent pas à qualifier de dandysme. Dans son Dossier H (éd. L'Âge d'Homme), Philippe Barthelet présente l'idée de Jünger comme le fruit d'une vision fulgurante : "C'est ce dixième de seconde où, peu de temps avant d'écrire Le Travailleur, [Jünger] perçut avec acuité qu'il existait un endroit d'où la physique et la métaphysique apparaissaient comme identiques."

Ce sentiment de Jünger s'imposa à moi comme une évidence, à la lecture d'un poème d'Alberto Caeiro, Le gardeur de troupeaux, IX
(F. Pessoa, in Poèmes païens, éd. Christian Bourgois, coll. Points) :

"Je suis un gardeur de troupeaux.
Le troupeau, ce sont mes pensées
Et mes pensées sont toutes sensations.
Je pense avec les yeux et avec les oreilles
Et avec les mains et les pieds
Et avec le nez et la bouche.

Penser une fleur c'est la voir et la respirer
Et manger un fruit c'est en savoir le sens.

C'est pourquoi lorsque par un jour de chaleur
Je me sens triste d'en jouir à ce point,
Et que je m'étends de tout mon long dans l'herbe,
Et que je ferme mes yeux brûlants,
Je sens mon corps entier étendu dans la réalité,
Je connais la vérité et suis heureux."

Partant, je ne puis manquer de rapprocher ce poème (écrit en 1914) d'un extrait de Feuilles et Pierres : "Le réel est aussi magique que le magique est réel" ; mais également ce qui se présente à moi comme l'un de ses pendants picturaux, Le Cheval bleu de Franz Marc (tableau peint en 1911) :
http://lephoton.hautetfort.com/archive/2009/12/06/realite.html

Dans son ouvrage Expressionnisme (éd. Taschen), le critique et historien de l'art Dietmar Elger décrit la peinture de Franz Marc (1880-1916) comme l'incarnation, dans des représentations animalières excluant la présence de l'homme, de "toutes les caractéristiques positives du "pur", du "vrai", du "beau", qu'il [F. Marc] ne parvenait pas à trouver chez ses prochains". Selon Elger, Marc tenta, en dépassant le strict naturalisme, une représentation de ce qu'il désigna lui-même comme "l'être absolu", franchissant ainsi le seuil de "l'apparence" (la couleur du concret) pour accéder à la "réalité" (la couleur de l'expression).

L'art de Marc évolua progressivement en ce sens. Tandis que le paysage s'assignait un rôle d'espace vital plutôt que de cadre naturel (l'environnement de l'animal devenant un lieu de déploiement de forces mues par l'intention de l'artiste), le peintre procéda à une simplification de plus en plus grande des lignes, puis à la mise en place d'une symbolique des couleurs primaires qu'il expliqua en 1910 dans une lettre à son ami August Macke : le bleu représente le "principe masculin, austère et spirituel" ; le jaune "le principe féminin, doux, gai, sensuel" ; le rouge "la matière, violemment et durement combattue par les deux autres couleurs pour être surmontée" ; dans ce système, les couleurs s'inscrivent dans un rapport logique, selon un jeu d'attirances et d'antagonismes (par exemple, le bleu placé près de l'orange exprime l'amour entre le bleu et le jaune, c'est-à-dire entre l'homme et la femme, le rouge - ici l'opposition sexuelle - étant "vaincu"). Une fois posée cette "grille" d'interprétation, l'invraisemblance de la robe du cheval bleu cède la place à une réalité, celle projetée sur une toile - celle de l'artiste. A ce cheval qui semble flotter dans un paysage onirique, Marc octroie un subtil indice de réalité (au sens physique du terme) en plaçant l'un de ses sabots devant la feuille de la plante au premier plan, faisant de ce détail l'un des rares éléments de perspective pour structurer spatialement cette oeuvre. Et la magie d'opérer.

(à suivre...)

07.12.2009

Réalité ?

Cheval bleu - Franz Marc.jpg
 Franz Marc - Cheval bleu

"Le réel est aussi magique que le magique est réel."

Ernst Jünger, Feuilles et Pierres

30.11.2009

R-egard

DSC00046.JPG

"Ce qui vient au monde pour ne rien troubler
ne mérite ni égards ni patience."

René Char, A la santé du serpent (in Fureur et Mystère)

31.10.2009

Fidélité

Alfred Dedreux - Fidélité.JPG

Alfred Dedreux - Fidélité (musée du Louvre)

"Ils n'ont pas besoin de fidèles
Ceux qui d'eux-mêmes ont su l'être."

Ricardo Reis, Odes retrouvées 1914-1934 
(in F. Pessoa, Poèmes païens, éd. Christian Bourgois, coll. Points)


podcast
In a lonely place (New Order / paroles : Ian Curtis)

18.10.2009

Pour Démocrite

Bonne humeur.jpg

"Il faut toujours prendre les choses à la légère, et les supporter avec bonne humeur ; il est plus humain de rire de la vie que d'en pleurer."

Sénèque, De la tranquillité de l'âme.

04.10.2009

Entièreté

Reflet de lune.JPG

Pour être grand, sois entier : rien
     En toi n'exagère ou n'exclus.
Sois tout en chaque chose. Mets tout ce que tu es
     Dans le moindre de tes actes.
Ainsi en chaque lac brille la lune entière
     Pour ce qu'elle vit haut.

Ricardo Reis, Odes
(in F. Pessoa, Poèmes païens, éd. Christian Bourgois, coll. Points)

03.07.2009

Lucidité ?

Lucidité.jpg

"La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil."

René Char, Feuillets d'Hypnos

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