21.12.2009

Salut au Soleil

Soleil de pierre.jpg
C'est peut-être le dernier jour de ma vie.
J'ai salué le soleil, en levant la main droite,
Mais je ne l'ai pas salué pour lui dire adieu,
J'ai fait signe que j'aimais bien le voir encore : rien d'autre.

Alberto Caeiro, Poèmes désassemblés
(in F. Pessoa, Poèmes païens, éd. Christian Bourgois, coll. Points)


podcast
New dawn fades
(The Tallywood String Quartet - Tribute to Joy Division)

18.12.2009

La fiancée au manteau d'hermine

Photo de Charles Meecham (pour Joy Division - Atmosphere).jpg

La première neige
Mimosa des morts

(Pascal Delange)
Et ce froid baiser sur chaque paupière.
(François Voisin)

(Gilbert Cesbron, Notre prison est un royaume)

podcast
Quelque chose, noir (Marc Seberg - Le bout des nerfs)

12.12.2009

Le signe

A Solko
http://solko.hautetfort.com/archive/2009/12/06/7e9843f6db...
(inspiré d'un Tableau parisien, Charles Baudelaire)

A arpenter soudain sa mémoire fertile,
Comme il traverse le nouveau Carrousel,
Le vieux Lyon n'est plus (la forme d'une ville
Change plus vite, hélas ! que le coeur d'un mortel) ;

Il ne voit qu'en esprit tout ce camp de foutraques,
Ces tas d'achats piteux, débauchés, et, déçu,
Les herbes, les gros blocs pourris par l'eau des marques
Et, brillant aux carreaux, les "neon lights" confus
.

Facétie.jpg

 

05.12.2009

Décembre

Fuite.jpg


podcast

Décembre (Marc Seberg - Lumières et trahisons)

Quand la chair à la neige s'unit
pas d'anneau d'or comme à Venise :
un uniforme perlé de larmes
que la brume insidieuse délave...

Un pur sang rebelle au galop,
l'entraîne dans une course incertaine.
Un flocon de neige de trop,
une rumeur lointaine d'avalanche...

Pour lui 
           nul rire 
                     mais l'attente.
Pour lui 
           nul chant 
                        mais le vide.
Pour lui 
           nulle vie
                       mais l'attente
                                          et le vide
                                                       et le manque.

La vie n'a pas eu l'élégance
de lui pardonner ses errances.
Seule la mort aura l'indulgence,
un certain matin de Décembre...

Pour lui
           nul chant
                        mais le vide.
Pour lui
           nulle vie :
                         le néant.
Pour lui
           plus rien
                       mais le vide,
quelques cendres en Décembre...
Décembre.

Au fond d'une cuillère,
le reflet
de son univers
s'est inversé.

(fixe)

Sept dents de lait, sept perles noires,
d'un bois ébène, d'un blanc ivoire :
les jours, les nuits de la semaine,
égrènent un chapelet de prières...
Prières.

Pour lui
           nul chant
                        mais le vide.
Pour lui
           nulle vie
                       quelques cendres.
Pour lui
           plus rien
                       mais le vide
                                        de Décembre.
Pour lui
           nul chant
                        mais le vide.
Pour lui
           nulle vie
                       quelques cendres.
Pour lui
           plus rien
                       mais le vide
                                        de Décembre.

Et toutes ces merveilles au fond de toi
que je n'ai pas su te faire voir.
Et toutes ces beautés cachées en toi
que tu n'as jamais voulu voir.

Pour lui
           nul chant
                        mais le vide.
Pour lui
           nulle vie
                       quelques cendres.
Pour lui
           plus rien
                       et pour moi
                                    c'est Décembre
l'éternel Décembre.

23.11.2009

Nostalgie

Non, ils ne sont pas morts, Néaere, les anciens dieux.
Chaque fois que la joie humaine
      Renaît, ils se retournent
      Vers notre nostalgie.

Ricardo Reis, Odes retrouvées 1914-1934 
(in F. Pessoa, Poèmes païens, éd. Christian Bourgois, coll. Points)

15.11.2009

Humilité

Dépossession.jpg
Dépossession - Modelage et photo : Violette Prems

Oui, tout ce que tu fais, fais-le suprêment.
Il vaut mieux, si la mémoire est notre seul bien,
      Se souvenir beaucoup que peu.
Dès lors si le beaucoup dans le peu t'est possible,
Une plus ample liberté du souvenir
      Te fera seigneur de toi-même.

Ricardo Reis, Odes retrouvées 1914-1934 
(in F. Pessoa, Poèmes païens, éd. Christian Bourgois, coll. Points)

14.11.2009

Sapience

"Mais laissons l'ignorance aux adorateurs du Dieu unique,
elle leur va si bien."
(Merlin, Soleil éditions, 2009)

http://www.myspace.com/merlin_the_book

http://www.soleilprod.com/public/extraits/MerlinBeauLivre...

Merlin.gif

10.11.2009

Soleil et Chair (Arthur Rimbaud)

I

Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie,
Verse l'amour brûlant à la terre ravie,
Et, quand on est couché sur la vallée, on sent
Que la terre est nubile et déborde de sang ;
Que son immense sein, soulevé par une âme,
Est d'amour comme Dieu, de chair comme la femme,
Et qu'il renferme, gros de sève et de rayons,
Le grand fourmillement de tous les embryons !

Et tout croît, et tout monte !

- O Vénus, ô Déesse !
Je regrette les temps de l'antique jeunesse,
Des satyres lascifs, des faunes animaux,
Dieux qui mordaient d'amour l'écorce des rameaux
Et dans les nénuphars baisaient la Nymphe blonde !
Je regrette les temps où la sève du monde,
L'eau du fleuve, le sang rose des arbres verts
Dans les veines de Pan mettaient un univers !
Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre ;
Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre
Modulait sous le ciel le grand hymne d'amour ;
Où, debout sur la plaine, il entendait autour
Répondre à son appel la Nature vivante ;
Où les arbres muets, berçant l'oiseau qui chante,
La terre berçant l'homme, et tout l'Océan bleu
Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu !

Je regrette les temps de la grande Cybèle
Qu'on disait parcourir, gigantesquement belle,
Sur un grand char d'airain, les splendides cités ;
Son double sein versait dans les immensités
Le pur ruissellement de la vie infinie.
L'Homme suçait, heureux, sa mamelle bénie,
Comme un petit enfant, jouant sur ses genoux.
- Parce qu'il était fort, l'Homme était chaste et doux.

Misère ! Maintenant il dit : Je sais les choses,
Et va, les yeux fermés et les oreille closes.
- Et pourtant, plus de dieux ! plus de dieux ! l'Homme est Roi,
L'Homme est Dieu ! Mais l'Amour, voilà la grande Foi !
Oh ! si l'homme puisait encore à ta mamelle,
Grande mère des dieux et des hommes, Cybèle ;
S'il n'avait pas laissé l'immortelle Astarté
Qui jadis, émergeant dans l'immense clarté
Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume,
Montra son nombril rose où vint neiger l'écume,
Et fit chanter, Déesse aux grands yeux noirs vainqueurs,
Le rossignol aux bois et l'amour dans les coeurs !

II

Je crois en toi ! Je crois en toi ! Divine mère,
Aphrodite marine ! - Oh ! la route est amère
Depuis que l'autre Dieu nous attelle à sa croix ;
Chair, Marbre, Fleur, Vénus, c'est en toi que je crois !
- Oui, l'Homme est triste et laid, triste sous le ciel vaste.
Il a des vêtements, parce qu'il n'est plus chaste,
Parce qu'il a sali son fier buste de dieu,
Et qu'il a rabougri, comme une idole au feu,
Son corps Olympien aux servitudes sales !
Oui, même après la mort, dans les squelettes pâles
Il veut vivre, insultant la première beauté !
- Et l'Idole où tu mis tant de virginité,
Où tu divinisas notre argile, la Femme,
Afin que l'Homme pût éclairer sa pauvre âme
Et monter lentement, dans un immense amour,
De la prison terrestre à la beauté du jour,
La Femme ne sait plus même être Courtisane !
- C'est une bonne farce ! et le monde ricane
Au nom doux et sacré de la grande Vénus !

III

Si les temps revenaient, les temps qui sont venus !
- Car l'Homme a fini ! l'Homme a joué tous les rôles !
Au grand jour, fatigué de briser des idoles
Il ressuscitera, libre de tous ses Dieux,
Et, comme il est du ciel, il scrutera les cieux !
L'idéal, la pensée invincible, éternelle,
Tout ; le dieu qui vit, sous son argile charnelle,
Montera, montera, brûlera sous son front !
Et quand tu le verras sonder tout l'horizon,
Contempteur des vieux jougs, libre de toute crainte,
Tu viendras lui donner la Rédemption sainte !
- Splendide, radieuse, au sein des grandes mers
Tu surgiras, jetant sur le vaste Univers
L'Amour infini dans un infini sourire !
Le Monde vibrera comme une immense lyre
Dans le frémissement d'un immense baiser !

- Le Monde a soif d'amour : tu viendras l'apaiser.

______

O ! L'Homme a relevé sa tête libre et fière !
Et le rayon soudain de la beauté première
Fait palpiter le dieu dans l'autel de la chair !
Heureux du bien présent, pâle du mal souffert,
L'Homme veut tout sonder, - et savoir ! La Pensée,
La cavale longtemps, si longtemps oppressée
S'élance de son front ! Elle saura Pourquoi !...
Qu'elle bondisse libre, et l'Homme aura la Foi !
- Pourquoi l'azur muet et l'espace insondable ?
Pourquoi les astres d'or fourmillant comme un sable ?
Si l'on montait toujours, que verrait-on là-haut ?
Un Pasteur mène-t-il cet immense troupeau
De mondes cheminant dans l'horreur de l'espace ?
Et tous ces mondes-là, que l'éther vaste embrasse,
Vibrent-ils aux accents d'une éternelle voix ?
- Et l'Homme, peut-il voir ? peut-il dire : Je crois ?
La voix de la pensée est-elle plus qu'un rêve ?
Si l'homme naît si tôt, si la vie est si brève,
D'où vient-il ? Sombre-t-il dans l'Océan profond
Des Germes, des Foetus, des Embryons, au fond
De l'immense Creuset d'où la Mère-Nature
Le ressuscitera, vivante créature,
Pour aimer dans la rose, et croître dans les blés ?...

Nous ne pouvons savoir ! - Nous sommes accablés
D'un manteau d'ignorance et d'étroites chimères !
Singes d'hommes tombés de la vulve des mères,
Notre pâle raison nous cache l'infini !
Nous voulons regarder : - le Doute nous punit !
Le doute, morne oiseau, nous frappe de son aile...
- Et l'horizon s'enfuit d'une fuite éternelle !...

______

Le grand ciel est ouvert ! les mystères sont morts
Devant l'Homme, debout, qui croise ses bras forts
Dans l'immense splendeur de la riche nature !
Il chante... et le bois chante, et le fleuve murmure
Un chant plein de bonheur qui monte vers le jour !...
- C'est la Rédemption ! c'est l'amour ! c'est l'amour !...

IV

O splendeur de la chair ! ô splendeur idéale !
O renouveau d'amour, aurore triomphale
Où, courbant à leurs pieds les Dieux et les Héros,
Kallipyge la blanche et le petit Éros
Effleureront, couverts de la neige des roses,
Les femmes et les fleurs sous leurs beaux pieds écloses !
- O grande Ariadné, qui jette tes sanglots
Sur la rive, en voyant fuir là-bas sur les flots,
Blanche sous le soleil, la voile de Thésée,
O douce vierge enfant qu'une nuit a brisée,
Tais-toi ! Sur son char d'or brodé de noirs raisins,
Lysios, promené dans les champs Phrygiens
Par les tigres lascifs et les panthères rousses,
Le long des fleuves bleus rougit les sombres mousses.
- Zeus, Taureau, sur son cou berce comme une enfant
Le corps nu d'Europé, qui jette son bras blanc
Au cou nerveux du Dieu frissonnant dans la vague.
Il tourne lentement vers elle son oeil vague ;
Elle, laisse traîner sa pâle joue en fleur
Au front de Zeus ; ses yeux sont fermés ; elle meurt
Dans un divin baiser, et le flot qui murmure
De son écume d'or fleurit sa chevelure.
- Entre le laurier-rose et le lotus jaseur
Glisse amoureusement le grand Cygne rêveur
Embrassant la Léda des blancheurs de son aile ;
- Et tandis que Cypris passe, étrangement belle,
Et, cambrant les rondeurs splendides de ses reins,
Étale fièrement l'or de ses larges seins
Et son ventre neigeux brodé de mousse noire,
- Héraclès, le Dompteur, qui, comme d'une gloire
Fort, ceint son vaste corps de la peau du lion,
S'avance, front terrible et doux, à l'horizon !

Par la lune d'été vaguement éclairée,
Debout, nue, et rêvant dans sa pâleur dorée
Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus,
Dans la clairière sombre, où la mousse s'étoile,
La Dryade regarde au ciel silencieux...
- La blanche Séléné laisse flotter son voile,
Craintive, sur les pieds du bel Endymion,
Et lui jette un baiser dans un pâle rayon...
- La Source pleure au loin dans une longue extase...
C'est la nymphe qui rêve, un coude sur son vase,
Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé.
- Une brise d'amour dans la nuit a passé,
Et, dans les bois sacrés, dans l'horreur des grands arbres,
Majestueusement debout, les sombres Marbres,
Les Dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid,
- Les Dieux écoutent l'homme et le Monde infini !

09.11.2009

Berlin

(à Pierre « Structure » Bales)

Un soir étrange tombe sur Berlin
Je vais flânant sous les tilleuls
Place Alexandre c'est un destin
Qui sort des brumes, gluant linceul

Hommes et femmes en long cortège
De Mercedes et de Trabant
Drapeaux noirs, rouges ou blancs comme neige
Dessus le mur grimpent en chantant

Il vibre, vacille et puis s'effondre
Espoir, mémoire, ne point confondre
La Spree charrie tant de chagrins

Voici novembre, neuf jours à peine
Elle est si belle, Lili Marlene
Et enfin l'aube sur Berlin

Pierre Bales - Structure : Berlin
http://www.myspace.com/structurefr

08.11.2009

Toy story

Jouets.jpg

Anges ou dieux, toujours nous avons eu
La confiante vision de ce qu'au-dessus
      De nous, et nous astreignant, sur
      Nous agissent d'autres présences.

Comme sur les troupeaux des pâturages notre
Effort impétueux, qu'ils ne comprennent pas,
      Les contient, les contraint,
      Sans qu'ils s'en rendent compte,

Ainsi notre pensée et notre volonté
Sont les mains par lesquelles d'autres
      Nous mènent là-même où ils veulent
      Que nous le désirions.

Ricardo Reis, Odes retrouvées 1914-1934 
(in F. Pessoa, Poèmes païens, éd. Christian Bourgois, coll. Points)

Toutes les notes