18.05.2009

Liberté ?

"Quel est le sceau de la liberté acquise ?
Ne plus avoir honte de soi-même."

F.-W. Nietzsche, Le Gai Savoir

Commentaires

Exactement ! Y a qu'à, y a qu'à ! on appuie sur le bouton, et hop ! on n'a plus honte de soi-même ! bravo ninitche !

Ecrit par : kohnlili | 18.05.2009

@ Kohnlili : ninitche... de Quiberon ? blague à part, à supposer que les choses soient aussi simples, encore faut-il avoir la force, le courage, la volonté d'appuyer sur le bouton... dès lors, la liberté se révèle davantage l'accomplissement, le fruit d'une conquête, plutôt qu'un droit. Ce qui, à mes yeux, la rend d'autant plus belle.

Ecrit par : Le Photon | 19.05.2009

"Ne plus avoir honte de soi même" n'est-ce pas finalement l'équivalent d'être délivré de la peur du regard de l'autre ou s'affranchir de son opinion. Thèmes maintes fois traités et de tout temps. Ils sont drôles ces philosophes "modernes", ils "inventent" des maximes qu'ils ne mettent pas en pratique car Nietzche n'était pas un modèle d'équilibre ni un maître de la liberté intérieure. Sur ce plan, il rejoignait un peu Schoppenhauer.

Ecrit par : Jean de Mezzaluna | 19.05.2009

@ Jean de Mezzaluna :
C'est ainsi que je l'entends, en effet. Il s'agit de se défaire de ces peurs et ces entraves qui empêchent de "devenir ce que l'on est". Cet empêchement est parfois pathologique, mais il me semble que, dans la plupart des cas, on est avant tout prisonnier de la représentation que l'on se fait des rapports sociaux et de leurs limites (où doivent s'arrrêter la franchise, l'affirmation, la persuasion, la contradiction, l'engagement, l'action ou l'inaction ?...). Pour ne plus être prisonnier de soi, la mise en pratique que vous évoquez me semble orienter vers le stoïcisme et/ou le taoïsme.

Ecrit par : Le Photon | 19.05.2009

C'est vrai qu'il existe des motifs "sociaux" à savoir ce que l'on peut faire et ce que l'on ne peut pas faire. C'est en quelque sorte la morale. Et c'est tant mieux car cela nous permet de vivre ensemble. Mais je crois qu'il faut distinguer ce qui dépends de la morale et ce qui n'en dépends pas car comme disent les psy "on ne s'autorise pas". Ainsi, ce n'est pas la morale qui vous interdit mais soi même. Et c'est là qu'intervient le travail sur soi pour se délivrer de la peur de l'opinion de l'autre (la morale étant sauve). Cela en effet rappelle l'exercice des stoïciens ou des cyniques qui consistait à se promener sur la place du marché avec un poisson mort tenu en laisse pour s'affranchir du regard des autres. Mais qu'entendez-vous par "appuyez sur le bouton", une réflexion personnelle sur ses propres peurs? un exercice "philosophique" comme les pratiquaient les philosophes antiques (une manière de pensée). En résumé, pratiquemment comment envisagez-vous cette conquête dont vous parlez.

Ecrit par : Jean de Mezzaluna | 20.05.2009

@ Jean de Mezzaluna :
Lorsque vous écrivez que "ce n'est pas la morale qui vous interdit mais soi-même", je ne puis m'empêcher de penser à l'illustration qui en est donnée dans l'excellente série "Le Prisonnier". Assurément, nous sommes notre premier geôlier ; geôlier "en-chef" puisqu'il a sa place dans notre tête. Il ne s'agit pas de le révoquer, mais de limiter sa tâche à l'exercice critique et vigilant de la conscience. Ainsi, il m'apparaît possible d'être amoral (j'entends par là : se situer ou tendre à une position au-delà de ce que l'opinion, les us et coutumes etc. posent comme moralement acceptable ou souhaitable) sans pour autant être immoral. Si la condition "sine qua non" de la sincérité (qui implique au préalable l'accord avec soi-même, issu de ce que vous appelez le "travail sur soi") est remplie, la morale peut être sauve, même si cela mène à un acte condamnable (au propre comme au figuré). Notons que parfois, la morale, voire la loi, en tire un exemple qui l'amène à évoluer (et non régresser vers l'immoralité ou la dissolution du lien social).
"Appuyer sur le bouton" est une expression que j'ai reprise du commentaire de kohnlili (cf. supra) - sans en trahir la pensée, j'espère ! - car elle m'a paru appropriée pour résumer la démarche suivante : 1°) trouver le bouton, c'est reconnaître (par la réflexion ou la simple observation) ce qui sera l'élément déclencheur d'un travail d'introspection (ce déclencheur peut revêtir différentes formes, jusqu'aux plus inattendues : un événement, une oeuvre d'art, une rencontre...) ; 2°) faire le choix d'appuyer sur le bouton signifie assumer les conclusions de la phase précédente (y compris si elles nous sont désagréables) ; 3°) observer la ligne de conduite qui en découle, par quoi s'affirmera la sincérité et s'affermira un style. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, afin de légitimer la rupture que l'on aura provoquée (Nietzsche encore : "l'existence et le monde ne sont justifiables qu'en tant que phénomènes esthétiques").

Ecrit par : Le Photon | 20.05.2009

Oui mais selon moi cette "liberté acquise" associée à la "honte de soi-même" comporte deux volets. Le premier c'est la liberté sociale puis-je faire ceci ou cela alors que ce n'est pas l'usage dans la société "cela ne se fait pas" (alors que cela est légal mais déroge simplement à l'habitude sociale). Il y a donc là un critère objectif à savoir la "norme sociale". Peut-on acquérir cette liberté c'est-à-dire échapper au poid de la société? Je crois comprendre que c'est cette liberté que vous visez dans votre propos. Le deuxième volet concerne la liberté par rapport à soi même c'est-à-dire par rapport à sa propre histoire, sa propre subjectivité sans que cela ait un rapport direct avec la société. Par exemple est-ce que je m'autorise le bonheur? (avec tout le poid de son éducation "tu es là pour travailler, tu n'es pas capable de réussir,...manque de confiance en soi et toutes choses qui ont pu nous être martelées pendant l'enfance et que nous prenons inconsciemment comme vérité). Il s'agit donc là d'une liberté par rapport à une norme personnelle et non plus par rapport à une norme sociale.

N'étant pas un fan de Nietzche je ne sais pas quelle acception il visait dans Le Gai Savoir et ce qu'il entendait exactement par le "Grand Style" auquel il me semble vous faites allusion. En outre qu'entendez-vous par "légitimer la rupture", la rupture avec l'usage social?

Ecrit par : Jean de Mezzaluna | 21.05.2009

@JdM :
Vous avez parfaitement raison de faire ce distinguo entre ces deux "volets", bien que la frontière entre les deux soit très ténue. A moins de vivre en ermite (ce qui ne me paraît pas être un idéal proposé par Nietzsche, malgré la solitude dans laquelle il vécut lui-même), il me semble impossible de s'affranchir tout à fait de la norme sociale ; autrement, s'effacerait la distinction que j'évoquais entre amoralité et immoralité, et la question de la sincérité ne se poserait pas. Comme le disait Aristote, "l'homme est un animal social". Il agit dans et il est agi par cette socialité. Cela dit, le respect de la conformité (pour ne pas dire conformisme) n'est pas forcément le meilleur choix à faire, tant sur un plan individuel que collectif. Ce qui garantit le fait que ce soit le bon choix n'est pas le regard approbateur que l'on portera sur moi : celui-ci ne sera qu'une conséquence - au mieux, un réconfort en cas de doute ou de remords. Il ne s'agit pas de chercher l'approbation, mais le véritable acquiescement, le "oui à la vie", celui gagné par la sincérité avec laquelle j'aurai fait ce choix (sincérité située en amont de ma décision, alors que le regard d'autrui se trouve en aval). Quel que soit le "coût social" de ma décision, si elle est sincère, en plein accord avec ma "norme personnelle" (cf. ce que vous avez posé avec justesse comme second "volet"), je suis en droit de la tenir pour légitime, et de m'attendre à qu'elle soit reconnue comme telle. Je ne dois toutefois sans rien attendre de cette reconnaissance (ma sincérité se suffit à elle-même) et il conviendra d'ignorer superbement l'incompréhension de ceux qui ne seraient pas capables de reconnaître cette sincérité (ne pas l'ignorer conduirait à intérioser une faute, créant en moi la mauvaise conscience, cette culpabilité dont Nietzsche a souligné la nocivité dans sa "Généalogie de la morale"). Je vois là une double condition à la sérénité, à la suite d'une décision qui pourra être vécue par moi et/ou mon entourage comme une rupture (concrètement : changer de mode de vie, changer de statut social, marital, etc.). Et comme cette rupture peut être une tragédie, si l'on envisage la vie comme l'art d'être soi (idée poussée à l'extrême dans le dandysme), on aboutit en effet au "grand style" défini par Nietzsche comme la manifestation artistique de la tragédie, où l'art donne accès à la connaissance du devenir et d'y faire face (en un mot : advenir), avec la légèreté du pas de danse de Zarathoustra. D'où la rupture de Nietzsche avec Wagner, à qui il reprocha sa lourdeur germanique, lui préférant la clarté du Grand Midi.
Quant à la liberté par rapport à une "norme personnelle", il est hors de question, du point de vue nietzschéen, que la liberté acquise vise au bonheur ! Le bonheur est le voeu du dernier homme, un symptôme du nihilisme ! Ceci n'enlève rien à la pertinence de votre propos.

Ecrit par : Le Photon | 25.05.2009

Merci pour cet éclairage mais je pense rester hermétique à Nietzche qui à mon avis était à cent lieux de la philosophie "mode de vie" telle que la concevait les philosophes de l'antiquité notamment grecque et romaine.

Ecrit par : Jean de Mezzaluna | 28.05.2009

Ecrire un commentaire